Réforme du CAPES externe de philosophie

L’arrêté du 25 janvier 2021, paru dans le Journal Officiel du 29 janvier 2021, fixe les nouvelles modalités du concours du CAPES externe à partir de la session 2022. Dans cet article, je présenterai dans un premier temps, sur la base des informations fournies dans cet arrêté, les épreuves écrites et orales du nouveau CAPES externe de Philosophie. Dans un second temps, j’indiquerai quels sont les changements apportés par rapport à l’ancien concours et vous ferai part des interrogations que ces changements soulèvent, selon moi, et des hypothèses que l’on peut formuler pour tenter d’y répondre.

Sur les nouvelles modalités d’inscription au CAPES externe, consultez la page du site « devenirenseignant.gouv.fr » : Réforme de la formation initiale des professeurs et des conseillers principaux d’éducation en Inspé.

1) Présentation des épreuves

a) Epreuves d’admissibilité du nouveau CAPES externe de Philosophie

Elles se composent de deux épreuves écrites intitulées respectivement « épreuve écrite disciplinaire » et « épreuve écrite disciplinaire appliquée ».

« Epreuve écrite disciplinaire »

Elle prend la forme d’une composition.

Le programme de l’épreuve est celui du programme de philosophie des classes terminales (voie générale et voie technologique) et celui du programme de spécialité « Humanités, Littérature et Philosophie » (HLP) du cycle terminal de la voie générale (par conséquent des classes de Première et Terminale).

Durée : 6 heures, coefficient : 2.

« Epreuve écrite disciplinaire appliquée »

Elle prend la forme d’une explication d’un texte philosophique emprunté à l’un des auteurs du programme des classes terminale.
« L’épreuve permet d’évaluer les capacité d’interprétation ainsi que les capacités pédagogiques et didactiques du candidat. Le jury appréciera notamment l’aptitude du candidat à comprendre et analyser un argument, à en dégager la dimension problématique afin de l’exposer clairement aux élèves et à être capable de situer son propos dans l’exposé d’une notion ou plus largement dans une séquence pédagogique. » (Annexe 1, Epreuves du concours externe. Section Philosophie).

Durée : 6 heures, coefficient : 2.

b) Epreuves d’admission du nouveau CAPES externe de Philosophie

Elles se composent de deux épreuves orales intitulées respectivement « épreuve de leçon » et « épreuve d’entretien avec le jury ».

« Epreuve de leçon »

« Deux textes issus du programme publié sur le site du ministère de l’éducation nationale sont proposés au choix du candidat qui retient l’un d’eux.
L’épreuve comporte deux phases :
– un première phase consistant en l’explication devant le jury du texte choisi par le candidat, à qui il appartient de montrer comment il le destine aux élèves des classes terminales ;
– une seconde phase consistant en la conception et la présentation d’une séance d’enseignement, le cas échéant restitué dans le cadre d’un séquence d’enseignement.
Le candidat choisit une question problématisée issue du texte, qui sert de base à la construction de sa séance laquelle doit intégrer des éléments d’analyse du texte présentés lors de la première phase. » (Annexe 1, Epreuves du concours externe. Section Philosophie).

Durée de préparation : 6 heures, exposé : 40 minutes, entretien : 20 minutes, coefficient : 5.

« Epreuve d’entretien avec le jury »

« Le jury comprend des personnels administratifs relevant du ministère chargé de l’éducation nationale, choisis en raison de leur expérience en matière de gestion des ressources humaines. » (article 3).

L’épreuve d’entretien avec le jury « porte sur la motivation du candidat et son aptitude à se projeter dans le métier de professeur au sein du service public de l’éducation. » (article 8).

L’entretien se déroule en deux parties :
– 1ere partie (durée totale : 15 minutes) : présentation d’une durée maximale de 5 minutes par le candidat « des éléments de son parcours et des expériences qui l’ont conduit à se présenter au concours en valorisant notamment ses travaux de recherche, les enseignements suivis, les stages, l’engagement associatif ou les périodes de formation à l’étranger. Cette présentation donne lieu à un échange avec le jury » (art. 8). Durée de l’échange : 10 mn.
– 2e partie (durée totale : 20 minutes) : elle « doit permettre au jury, au travers de deux mises en situation professionnelle, l’une d’enseignement, la seconde en lien avec la vie scolaire, d’apprécier l’aptitude du candidat à :
– s’approprier les valeurs de la République, dont la laïcité, et les exigences du service public (droits et obligations du fonctionnaire, dont la neutralité, lutte contre les discriminations et stéréotypes, promotion de l’égalité, notamment entre les filles et les garçons, etc.) ;
– faire connaître et partager ces valeurs et exigences ». (art. 8)

« Le candidat admissible transmet préalablement une fiche individuelle de renseignement établie sur le modèle figurant à l’annexe VI du présent arrêté. » (art. 8)

Pas de temps de préparation, durée de l’épreuve : 35 mn, coefficient : 3.

2) Changements par rapport à l’ancien concours

a) Notes éliminatoires, coefficients et durée des épreuves

Les épreuves du nouveau concours sont toujours notées de 0 à 20, mais elles sont désormais assorties d’une note éliminatoire :
– note égale ou inférieure à 5 pour les épreuves écrites ;
– note 0 pour les épreuves orales.

Le jeu des coefficients accentue encore un peu plus l’importance de l’oral par rapport à l’écrit :
Ancien concours : le total de points était de 200, répartis de la manière suivante : 80 points pour l’écrit (40 % du total des points) et 120 points pour l’oral (60% du total des points).
Rappel : épreuves écrites, coefficient : 2 ; épreuves orales, coefficient : 3.

Nouveau concours : total de 240 points, répartis de la manière suivante : 80 points pour l’écrit (33,3 % du total des points) et 160 pour l’oral (66,7 % du total des points).
Détail :
Ecrit n°1 (composition) : 40 points (16,6 % du total des points) ;
Ecrit n°2 (explication de texte) : 40 points (16,6 % du total des points) ;
Oral n°1 (épreuve de leçon) : 100 points (41,6 % du total des points) ;
Oral n°2 (entretien avec le jury) : 60 points (25 % du total des points).

Les épreuves écrites passent d’une durée de 5 heures (ancien concours) à une durée 6 heures. Cette heure supplémentaire sera précieuse pour les futurs candidats, car elle leur permettra de terminer plus sereinement leurs écrits.

b) Nature des épreuves

A l’écrit

L’épreuve écrite disciplinaire

Cette épreuve de « composition » (ou « dissertation ») ne change pas.

L’épreuve écrite disciplinaire appliquée

L’épreuve d’explication de texte ne change pas non plus. Certes, il est précisé, parmi les compétences attendues, que le « candidat doit être capable de situer son propos dans l’exposé d’une notion ou plus largement dans une séquence pédagogique ». Toutefois, je pense que les rédacteurs de l’annexe du décret, consacré à la philosophie, ont dû intégrer dans la description de l’épreuve une composante « pédagogique », pour tenir compte du terme « appliquée », dans l’intitulé de l’épreuve (« épreuve disciplinaire écrite appliquée »).

A l’oral

L’épreuve de leçon

Les deux épreuves séparées de la « leçon » et « l’explication de texte » de l’ancien concours disparaissent, mais il semble que les rédacteurs aient quand même voulu conserver ces deux épreuves, en s’arrangeant pour les combiner en une seule. La durée de préparation de l’épreuve (6h) est cependant raccourcie par rapport à celle cumulée des deux anciennes épreuves (qui était de 5 heures pour la leçon et de 2h30 pour l’explication de texte). De plus, la durée totale de la prestation étant de 40 minutes, le candidat devra consacrer environ 20 minutes à la présentation de chaque partie. Le temps imparti est donc fortement raccourci par rapport à celui de l’ancien format du concours (30 minutes pour chaque oral).

La grande nouveauté consiste dans le fait que le candidat ne devra plus construire sa leçon à partir d’un sujet proposé par le jury, mais d’une « question problématisée », choisie par lui et issue du texte qu’il a expliqué auparavant. Par conséquent, il ne pourra plus construire sa leçon, comme ce pouvait être le cas auparavant, à partir d’un énoncé consistant en une ou deux notions. De plus, sa leçon devra obligatoirement contenir des éléments d’analyse et d’argumentation tirés du texte précédemment expliqué.

Il est intéressant de relever que la présentation de cette « épreuve de leçon », dans les disciplines autres que la philosophie, débute par la précision suivante : « L’épreuve a pour objet la conception et l’animation d’une séance d’enseignement ». Certes, les consignes, en philosophie, parlent bien de « conception » et de « présentation d’une séance d’enseignement, le cas échéant restitué dans le cadre d’un séquence d’enseignement » (pour la 2e partie de l’épreuve) et précisent bien (pour l’explication du texte) de montrer comment le candidat le destine aux élèves des classes terminales. Cependant, ces consignes étaient déjà présentes dans les libellés des épreuves orales de l’ancien concours, épreuves qui consistaient à faire une dissertation orale (encore appelée « leçon » dans l’ancien jargon du concours) et une explication de texte orale.
A mon avis, il en sera encore de même pour le nouveau concours.

L’épreuve d’entretien avec le jury

L’idée d’interroger le candidat sur ses capacités à transmettre et à partager les valeurs républicaines et sur ses connaissances de l’institution scolaire n’est pas nouvelle. En effet, l’oral des sessions 2011 à 2013 du CAPES externe de philosophie comprenait une première épreuve (leçon) et une seconde divisée en deux parties. La première partie consistait à expliquer un texte et la deuxième consistait en une interrogation portant sur la compétence : « Agir en fonctionnaire de l’Etat de manière éthique et responsable ». Le candidat disposait de 2h30 de préparation au total, pour préparer son explication de texte, ainsi qu’une réflexion sur un sujet comme : « Pourquoi les programmes scolaires ? », « L’éducation est-il un service public ? », « Qu’est-ce que diriger un établissement ? ». Il avait 10 minutes pour exposer sa réflexion, qui était suivie d’un entretien de 10 minutes avec le jury (cette partie de l’épreuve était notée sur 6 points).
Cette réflexion était donc intégrée dans le cadre d’un véritable questionnement philosophique. Je vous conseille de lire les rapports des jurys 2011 (pp. 48-52), 2012 (p. 47) et 2013 (p. 61-66) sur ces points.

Il semble que la nouvelle épreuve ne permette plus cette intégration, pour les raisons suivantes :
– la présence dans le jury de membres non spécialistes de la discipline ;
– dans l’arrêté ministériel, l’épreuve est, dans ses modalités, commune à toutes les disciplines : les sections dans l’Annexe 1 relatives à chaque discipline, renvoient toutes sur ce point à l’article 8. Faut-il en déduire que les sujets donnés seront puisés dans une banque de données commune à toute les disciplines ?

On peut également se demander en quoi consistera cette « mise en situation professionnelle » : s’agira-t-il de soumettre au candidat des cas de figure qui pourraient se présenter, lors de ses cours avec ses élèves ou plus largement au sein de son établissement ?

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